Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 10:00

 

 

Fin juin 2011, j'étais telle l'oisillon femelle éprise de liberté, agitant les ailes au bord du nid familial en sentant s'engouffrer dans mes plumes l'air revigorant de l'indépendance nouvellement acquise. Trêve de métaphore niaise. Fin juin 2011, j'ajoutais à mon curriculum vitae un nouveau diplôme m'autorisant à dire « habitus » avec l'aisance de la bourdieusienne convaincue. J'étais officiellement titulaire d'un baccalauréat en sociologie et anthropologie. Titre qui, dans les faits, ne représente pas grand chose de plus qu'un marche-pied vers deux années d'études supplémentaires lesquelles mèneront indubitablement au sommet du monde, là où l'élite de la Nation se gratte le ventre et se tape la tête dans des mouvements synchrones en attendant que les aînés meurent d'avoir trop trimer pour pouvoir prendre leur place. Mais, je dois l'avouer, le sentiment d'une étape franchie et d'un nouvel horizon prêt à être conquis m'était plutôt agréable et ce, d'autant plus que s'offrait à moi l'opportunité de quitter cette ville étudiante que je ne pouvais plus voir qu'à travers le prisme de la nuit et de la bière à septante centimes...

 

 

Je pris donc la décision de migrer vers la capitale, lieu de promesses et d'avenir ancré au coeur de l'Europe, il y a un peu plus de deux mois. Il est établi que des flux migratoires réguliers poussent de jeunes provinciaux en âge de s'ébattre librement vers le territoire bruxellois. Mais, afin de ne pas se heurter trop violemment à la solitude des grandes villes, bon nombre d'exilés unissent leurs forces et leurs portefeuilles et partent à la recherche d'un lieu à investir en groupe, dans le respect mutuel et le partage des tâches ménagères. C'est la voie sur laquelle je m'engageai, non sans m'être assurée au préalable que ma future colocataire et moi avions suffisamment de goûts en commun que pour ne pas mettre l'appartement à feu et à sang après deux semaines et, par conséquent, nous retrouver chacune à notre point de départ: un quai de gare.

 

Deux questionnaires de Proust plus tard, nous nous mîmes à traquer les annonces, à arpenter les rues en quête d'affichettes orange frappées des mots « à louer », et à laisser traîner nos oreilles au coin de chaque bouche mâchant des termes immobiliers. Quand j'y repense, quelle belle époque d'insouciance ! Nous étions jeunes et optimistes, nos pas guillerets guidés par la certitude qu'une porte finirait par s'ouvrir pour accueillir nos cartons remplis d'enthousiasme.

 

Alors qu'aujourd'hui, quand je regarde dans le rétroviseur, je ne vois que cette affreuse ride qu'un froncement de sourcil répété a creusé au-dessus de mon nez. L'espoir, créature exsangue gisant au fond de mon cerveau, ne s'agite plus que de faibles soubresauts à la vue d'une annonce immobilière. Mais comment diable en sommes-nous arrivées là? Tout avait pourtant presque bien commencé...

 

C'était en juillet, il faisait beau. Je m'en souviens parce que ça a dû arriver trois fois sur les deux mois d'été qui viennent de s'écouler. Il faisait beau, donc, et nous étions en route pour notre première visite. Munies, à défaut d'un sens de l'orientation correct, d'un plan fraîchement acquis et de notre sourire le plus spontané, nous avions fait le chemin sans nous perdre et étions arrivées devant l'immeuble avec cinq minutes d'avance. "Bon point!" pensions-nous, naïves et pas peu fières de l'exploit accompli.

 

A 12h15, un jeune mec rasé de frais, cheveux nets et sourire ultra-bright vint nous ouvrir: "C'est pour la visite? Vous pouvez me suivre!" Ni une, ni deux, ventousées à ses talons, nous gravîmes l'escalier, la jauge d'impatience au bord de l'explosion. L'ouverture de la porte d'entrée actionna le bouton "descente automatique" des mâchoires inférieures. C'était lui! C'était absolument lui! L'appartement dont nous avions rêvé venait de se matérialiser devant nos yeux. Situation: 10/10, luminosité: 10/10, disposition des pièces: 10/10. Une seule question se posa alors: avions-nous, c'est une métaphore, le séant sis dans un bol de nouilles tout confort? Eh bien, au risque de ne surprendre personne, la réponse fut non. Notre interlocuteur, tout ganté de délicatesse, nous fit comprendre que nous résidions au bas de l'échelle immobilière, et que le mot "insolvable" était inscrit en lettres rouges sur nos fronts encore lisses. "Vous comprenez" dit-il "nous cherchons plutôt à le louer à un jeune couple, ou à une petite famille. Des gens qui ont une situation pluuus...stable."

 

Nous commencions surtout à comprendre que ce que nous avions imaginé être un chemin fleuri d'offres attrayantes au bout duquel nous aurions trouvé un lieu agréable où nous poser venait de se transformer en route aride s'allongeant au fur et à mesure que l'on y marche et que la gourde d'espoir se vide. Chose qui a eu une fâcheuse tendance à se confirmer entre temps, mais je ne ferai pas ici le détail des surprises, majoritairement mauvaises, que nous avons eues depuis lors. Ceci dit, je m'interroge...Puisque l'on dit qu'il suffit d'arrêter de chercher à se souvenir d'une chose pour que celle-ci nous revienne en mémoire, suffit-il de ne plus espérer obtenir quelque chose pour le recevoir aussitôt? Si quelqu'un détient la réponse ou un appartement à louer, qu'il n'hésite pas à se manifester!

 

En regardant par la fenêtre internet, j'ai vu passer du talent:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Much
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