Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 17:18

Contrairement à ce que le titre peut laisser présager, cet article est très sérieux. J'en veux pour preuve que son contenu n'est pas sorti de mon esprit mais bien de celui, fulgurant, de Stig Dagerman, auteur suédois que certains avaient fait cousin lointain de Sartre et Camus. Et, comme le disait Daniel Balavoine en regardant par le hublot d'un hélicoptère décollant de Gossi au soir du 14 janvier 1986 : Dieu que c'est beau. C'est mon avis, et j'aime toujours bien le partager. De même que j'aime l'idée de partager avec toi, hypothétique lecteur/trice, ce texte devant lequel je n'ai pas fini de m'extasier.



 

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)

 

Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.


En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?


Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !


Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.


Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.


Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !


Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !


Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !


Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !


Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !


Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.


Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.


Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?


Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.


Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.


Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.


Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.


Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?


Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.

 

 
Par Much
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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 01:00

Au matin du huitième jour, Dieu, qui se moquait pas mal du nombre de jours que compte une semaine puisqu'après tout il l'avait lui-même fixé à sept et que, quand bien même il aurait voulu en changer, il n'était pas né le premier mortel qui l'en dissuaderait. Dieu, disais-je, vint visiter André Léonard. Pressentant chez l'ecclésiastique une nature profondément rétrograde, il était convaincu d'avoir trouvé en lui un homme parfaitement modelable à son image. "Pas le genre à se laisser coiffer d'une couronne d'épines, celui-là, au moins. Ce sera la mitre, sinon rien !" se disait donc le Père Créateur en cheminant vers l'esprit retors de Monseigneur l'archevêque.

 

"André..." souffla Dieu une fois arrivé à destination."André-Mutien..." dit-il en haussant un peu le ton."André-Joseph, archevêque de l'archidiocèse de Malines-Bruxelles !" prononça Dieu sur un ton sentencieux, espérant ainsi éveiller enfin la conscience de son serviteur. Dans un sursaut, Son saigneur Léonard ferma la fenêtre internet qui affichait la page d'accueil du site www.enfantsdechoeur.be et arracha de ses oreilles le casque qui résonnait encore des échos de "Personal Jesus". Réajustant sa soutane et cherchant des yeux la personne qui venait de parler, l'archevêque balbutia "Ce n'est...Ce n'est pas moi...C'est Vangheluwe...On lui a confisqué son ordinateur...Il a demandé si il pouvait emprunter le mien, a parlé d'une urgence...Pas pu dire non...Il a oublié de fermer le navigateur...Ce n'est pas moi..."

 

Dieu, dans Sa très très grande mansuétude, rassura le religieux en ces termes : "Relache le sphincter, Dédé, ce n'est que moi, le Pater. Etant donné que je m'adresse à toi depuis quelque sombre recoin de ton esprit, tout ceci restera notre petit secret. J'ai de grands projets pour toi, et ce ne sont pas ces quelques petits travers qui y feront opposition. Tu me sembles, au contraire, plus que jamais être l'homme que j'attendais. Quand je repense à ce petit niaiseux qui voulait que les Hommes s'aiment et vivent en paix...Il a fini crucifié sur le mont Golgotha, avec un poignard bien calé entre les omoplates, planté là par un de ses disciples pendant que tous les autres, au lieu de le défendre, roulaient sous les tables en cuvant leur vin. Tandis que toi, Léonard, toi, contrairement à lui, tu as la carrure pour accomplir mon dessein, pour porter mon message haut et fort à travers le Monde. Ratzinger n'est qu'une transition. A la mort du petit nazillon en chasuble, ton nom s'écrira en fumée blanche dans le ciel romain, et mon heure sonnera enfin...Jouez hautbois, résonnez musettes, pour moi l'avènement, pour toi le divin enfant ! Partage de frères !"

 

Rasséréné et, il faut bien le dire, quelque peu alléché par le discours du Très-Haut, André s'agenouilla et, penchant la tête vers ses mains croisées, murmura "Soit loué, Seigneur. Que puis-je faire pour satisfaire Ta volonté ?"

 

"Commence par te redresser, idiot ! L'expérience m'a démontré à plusieurs reprises que bonté et soumission ne mènent à rien. J'attends de toi que tu sois inflexible, raide comme le baton de la justice divine qui s'abattera sous peu sur le crâne perverti du genre humain. A l'heure qu'il est, les prêtres prêchent en vain tant mes ovins s'égarent. Je compte donc sur toi pour ramener le troupeau de l'humanité dans le droit chemin. Ce ne sera pas sans peine, j'aime autant te prévenir. Mais si il est une règle d'or qui te guidera sur le chemin de la victoire, c'est bien celle-ci : Bannis toute compassion de tes actions. Retiens bien ça, mon petit André : La compassion c'est bon pour les boudhistes ! Dorénavant, l'Eglise, l'institution ecclésiastique doit primer sur tout. Il te faudra traquer et condamner sans relâche les comportements déviants qui gagnent du terrain sur le bon sens et la morale chaque jour. Bats-toi ! Va planter le drapeau du Vatican sur tous les sommets de l'infâmie et tu en seras récompensé..."

 

Alors, galvanisé par les paroles de son Idole, André, dit André-Mutien, dit André-Joseph Léonard archevêque de l'archidiocèse de Malines-Bruxelles se leva et parti en croisade contre le Mal, la morale juchée sur son épaule gauche, le bon sens sur l'épaule droite, la bonne parole sur ses lèvres et la Bible sur son coeur, pour être bien sûr qu'on ne le touche pas.

 

Pour ceux qui, éventuellement, ne sauraient pas qui est notre cher archevêque : http://portfolio.lesoir.be/v/belgique/declarations_polemiques_monseigneur_leonard/

(*) Si j'en crois wikipédia, ce qu'on m'a rigoureusement conseillé de ne pas faire pendant des années, cette phrase, tirée de l'Apocalypse, est la devise dudit Monseigneur.


 


Par Much
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Dimanche 22 août 2010 7 22 /08 /Août /2010 00:30

 

"Aurais-je aimé mourir un jour d'été ?"

 

Nous sommes à H-2 avant le décollage, et il est peut-être temps que j'y pense, attendu que la Camarde est perchée sur l'aile de l'airbus de Royal Air Maroc dans lequel il faudra bien que j'embarque tôt au tard. Alors, si j'avais pu choisir, aurais-je voulu mourir un jour d'été ?

 

"Tu veux une tartine ?" Demande ma mère en m'arrachant à ma torpeur. Je décline : Non merci, vraiment, je me ronge déjà les sangs.

 

Le décor est banal : La zone hors taxes de l'aéroport de Bruxelles National. Je connais les lieux pour y avoir regardé décoller les avions quand j'étais môme et pour y avoir moi-même décollé et atterri à deux reprises depuis.D'ailleurs, en y réfléchissant bien, tous mes voyages aériens furent pour le continent africain : D'abord la Tunisie, ensuite le Sénégal et, aujourd'hui, le Maroc. Et, en y pensant un peu plus, tous ces départs furent hantés par la même angoisse :

 

"Et si un clan de pigeons nous sabotait les réacteurs ? C'est largement assez con, un pigeon !", "Et si la foudre tombait précisément à hauteur de l'emplacement qui m'est réservé ? Quoi ? Comment ça, y'a pas d'orage ? On ne décolle que dans deux heures, il a le temps d'arriver !", "Et si le pilote était cardiaque et malvoyant ascendant psychopathe à tendance dépressive ?",  et croyez bien que ce ne sont là qu'un mince échantillon des prévisions apocalyptiques que je nourris en moi à grand renfort de films-catastrophe de seconde zone et qui feraient incontestablement envie à Paco Rabanne.

 

Il parait que je suis trop imaginative. Premièrement c'est faux, deuxièmement c'est tant mieux. Quand, dans un terrible brouhaha de cris de panique et d'agonie et un fracas de métal froissé, notre avion s'encastrera dans la première tour de verre venue, quand certains devront se contenter de voir le film de leur vie défiler devant leurs yeux, je pourrai projeter au creux de mes paupières le Super 8 de ce qu'aurait été mon existence, si tout avait été pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 

Le genre humain restera donc pour moi un parfait mystère. Les gens qui m'entourent respirent la sérénité. Je ne vois dans leurs yeux que l'idée du soleil africain, de la plage, du ciel bleu, et de la chaleur. Quid des restes de l'avion qui viendront s'échouer sur le sable chaud après la tentative manquée d'amerrissage en piqué de notre valeureux pilote ? Où sont les ailerons triomphants des requins repus de nos restes épars décrivant un inquiétant ballet aquatique sur une musique de John Williams ?

 

"Les  passagers du vol AT 682 à destination de Tanger sont priés de se présenter aux portes d'embarquement. Les voyageurs pressentant un trépas inopportun mais néanmoins imminent pour cause de tensiomètre au bord de l'explosion sont quant à eux priés de se présenter aux mouroirs situés à chaque extrémité du couloir. Il leur sera demandé de signer une décharge avant de mourir en calme et en silence, sinon ça fait désordre. Merci de votre compréhension."

 

Nous y sommes. Prenant une grande bouffée d'air conditionné, jetant un regard humide aux tapis roulants qui ramènent des voyageurs exténués mais vivants vers Bruxelles, je pense à Pablo Ibieta, héros du "Mur" de Sartre, certes moins connu que le mur de Berlin. Comme toi, Ibieta mon frère, j'avance maintenant sans peur vers mon destin, sourire et racine de pissenlit aux lèvres. Comme toi, Ibieta mon frère, j'attends désormais sans trembler de sentir le souffle chaud de la Faucheuse sur ma nuque.

 

Parole, elle a une rotissoire en guise d'orifice buccal ! Serait-ce déjà le feu de l'enfer ? J'ouvre un oeil, timide, peureux et frappé de plein fouet par un rayon UV teigneux. Si le fond de l'air est chaud, le fond de ma pensée, lui, est perplexe.

 

Le fait est que, loin de l'enfer, la chaleur et la lumière sont celles de Tanger. Après deux heures et demie de vol, une tentative d'attentat par le biais de sandwiches infames heureusement déjouée par nos papilles sensibles et la traversée d'une légère zone de turbulences, le zinc s'est posé sur le sol marocain. Hé oui, comme toi, Ibieta mon frère, j'avais fini par avancer sereinement vers la mort qui semblait m'attendre. Mais elle passa sans me voir, au bras de Bruno Cremer.

 

 

 

A défaut de vous livrer un résumé complet d'une semaine riche en découvertes, et en plaisir visuels, gustatifs et sociaux, je vous laisse avec quelques photos prises sur place ( visibles dans de meilleures conditions là : http://picasaweb.google.com/margaux.colinet/Maroc2010?feat=directlink ).

 

http://lh6.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGvrqdulSrI/AAAAAAAAAZk/srmbYz9rBWY/s640/DSC08466.JPG

 

http://lh5.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGvtpghXQVI/AAAAAAAAAaI/JMT57B3XtWw/s512/DSC08494.JPG

 

http://lh4.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGvvPoOC9hI/AAAAAAAAAaU/zm0FW_y5VrQ/s640/DSC08497.JPG

 

http://lh6.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGvyX4W_lRI/AAAAAAAAAbQ/shFI0z8c3ek/s640/DSC08523.JPG

 

http://lh6.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGv2lJxORGI/AAAAAAAAAcw/NFuIfAAMIgY/s640/DSC08556.JPG

 

http://lh4.ggpht.com/_TRg8XYvLArk/TGvzr8YptDI/AAAAAAAAAb0/yLZF18Zhszs/s640/DSC08535.JPG

 

 

Par Much
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Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 14:35

Public chéri, lectorat de mon coeur, assemblée de globes oculaires scrutateurs de mes divagations, me voilà revenue d'entre les contemplateurs de la page blanche,


Pendant les semaines qui nous tinrent éloignés l'un de l'autre, j'ai parcouru sans relâche les méandres d'une imagination encrassée, moisissant aux tréfonds d'un cerveau éteint. Je ne te cache pas que le désespoir me chatouillait le lobe frontal de manière persistante, me remettant incessamment en tête les questions fondamentales auxquelles se trouve confronté, un jour ou l'autre, tout être humain capable de réflexion ( être humain n'implique pas automatiquement qu'on soit capable de réfléchir, j'en veux pour preuve Michaël Vendetta ! ) à savoir : Qui suis-je ?, D'où viens-je ?, Où vais-je ?, et, la dernière mais néanmoins la plus importante, Où sont les aspirines, que je me débarrasse enfin de cette satanée migraine ?


Ah je te jure que j'ai erré tant et plus, en tentant de défricher les territoires inexplorés de mon imaginaire mais rien, niets, nothing, nada, et même mes évidents talents de polyglotte ne purent me sortir de ce marasme créatif. Et puis un jour, je me suis réunifiée, mon « moi » a retrouvé mon « je » et ça me mit en joie. Telle la paléontologue désespérée par de longues semaines de fouilles effrénées mais infructueuses qui sent poindre sous son talon, au cours d'une ballade en compagnie de ses envies d'abandon, la forme si familière d'un métacarpe d'homme préhistorique, je sentis renaître en moi un phénix d'idées d'encre et de papier. Mais d'où donc me revint la flamme ? « Das ist die Frage ! » disait le trop regretté Horst Tappert sans qui les siestes de l'après-midi n'auront jamais plus la même saveur. Ce serait un peu simple de dire que la flamme m'est venue de feu la chanson française. D'autant plus que, même si certains s'acharnent à lui démantibuler l'âme, ladite chanson française compte encore quelques irréductibles cellules qui la maintiennent en vie. Il n'empêche que l'envie, l'envie d'avoir envie, me fut redonnée par la contemplation d'une tumeur musicale fulgurante qui, il faut l'espérer, n'opposera bientôt plus aucune résistance face au vaccin de l'oubli. Douloureuse, douloureuse tumeur dont le simple nom me donne l'impression que mes oreilles tentent de forcer ma boîte crânienne pour se mettre à l'abri : Mozart, l'opéra-rock. Tsintsintsin, comme dirait l'autre. Mais je ne renaude pas ( ahah ! ) contre les Frankensteins de cette comédie musicale. Que du contraire, il me faudrait les remercier. Le fait est que j'ai hérité, depuis ma rencontre avec les yéyé's, d'une passion dévorante pour les phrases absurdes qui peuplent le répertoire français. Il m'a d'ailleurs déjà été donné d'évoquer ici le grand maître ès billevesées-chantées qu'est Herbert Léonard, dont je loue chaque jour l'existence et le courage sans faille qui lui permet d'interpréter avec sincérité des phrases comme « Sous mes doigts impatients, trouver ta voie sacrée ». Tant de poésie, ça m'émeut. Les toilettes sont par là.


Or donc, et c'est un sujet de réjouissance sans pareil à mes yeux, de nos jours tout ne se perd pas. Et le goût pour le pire est toujours bien dégoût du jour. Aussi, la joyeuse troupe qui chante Mozart ou du cochon s'avère n'avoir rien à envier à ses glorieux aînés. Je retrouve donc pour un instant ce qui fait mon fond de commère, à savoir la médisance et la critique facile enrobées dans un rien d'humour. Et je pointe pour cela un doigt accusateur et frémissant de plaisir vers ma dernière découverte en date :

 

"Avec ta morale de bigote
Tu prends ton pied quand tu tricotes
Na na na na na
"

 

Là, je m'incline. Je me prosterne. Je salue d'un très sincère éclat de rire cette merveille de la littérature. Des comme ça, j'en voudrais bien une double dose chaque matin pour m'assurer un moral au beau fixe. Encore une fois, nous retrouvons toutes les composantes essentielles d'une grande, d'une très grande et très belle phrase qui résonnera dans les mémoires pour les siècles des siècles, amen. Délicatesse, sens de la nuance, fond et forme polis, peaufinés, lèchés. Pour tout dire, on ressent encore l'élan créateur qui traversa la main de l'auteur, ce souffle puissant qui vous vient du plus profond de l'âme, portant jusqu'au papier des mots qui semblent être arrivés là parce qu'ils le devaient, parce qu'ils se devaient de quitter l'enveloppe corporelle qui les avait vu naitre pour aller s'étendre devant des milliers de paires d'yeux, se lover au creux d'autant d'oreilles, faire leur place dans d'innombrables cerveaux, permettant ainsi au Monde de retrouver un peu d'éclat. Et ce quintuple "na" sentencieux est, nous le sentons bien, destiné à faire jaillir l'émotion qui se tapit en nous depuis tellement de temps, n'attendant que son heure pour éclore au grand jour. J'en écrase une larme de rire, et une autre de bonheur qui me vient de ce constat que la chanson française n'a pas fini de nous surprendre, à défaut de nous enchanter.

 

 

Par Much
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 16:15

Elle l'avait quitté au moment précis où le soleil avait disparu derrière le grand chêne planté au milieu du jardin. Elle avait fuit dans un mouvement parfaitement synchronisé avec celui de l'obscurité qui entrait. Lui était resté là quelques instants, les bras ballants et le coeur gonflé. Elle lui faisait toujours le même effet. Il ne pouvait même pas mettre son drôle d'état sur le compte de la nouveauté de la relation puisqu'ils se connaissaient depuis des mois, des années peut-être. Et depuis tout ce temps, ils vivaient cet étrange amour platonique auquel chacun consentait. Chaque jour, elle débarquait plus ou moins à l'improviste et restait, pendant quelques heures, à le réchauffer de sa seule présence.

 

Elle lui donnait, pour tout dire, le courage d'entreprendre les tâches auxquelles il ne pouvait échapper, celles qui ne toléraient pas le renoncement mais qui ne suscitaient pas son  enthousiasme pour autant. D'une certaine manière, elle l'aidait à tenir debout. Lui, il prenait tout ce qu'elle offrait, sans jamais trop se soucier de la remercier. Il se contentait de se montrer reconnaissant. Mais à chaque fois qu'elle partait, pour mieux revenir le lendemain, il se mettait à décompter les heures tout en s'affairant à quelques banalités, les mains tremblantes et l'esprit ailleurs.

 

Il ne savait que trop bien qu'elle n'allait pas en rejoindre un autre, mais qu'elle allait se glisser dans les mains et sur la bouche de cent, de mille autres. Ca n'avait jamais été un secret entre eux, et il savait pertinemment que tous ces autres l'aimaient au moins autant que lui. Bien sûr, il aurait pû demander à la voir, à l'avoir, toutes les nuits et laisser le jour à ces rivaux anonymes. Mais le manque qu'il éprouvait aurait été exactement le même.

 

Il avait voulu qu'il en soit ainsi, et que cette douce présence s'évanouisse maintenant, avec le soleil. Mais comme à chaque fois, au fil des étoiles naissantes, il retrace sa silhouette. Elle le laisse toujours avec le coeur trop battant que pour qu'il entende l'appel de Morphée. Et puis il aime foncièrement l'obscurité, l'étrange tranquillité de la nuit qui aiguise tous nos sens. Il passe ses nuits à écouter le monologue de sa maison. De chaque craquement nait l'ombre d'une présence, le souffle d'un intru imaginaire dont il ne peut dire s'il est ami ou ennemi. Et il se fait dans la tête des petits scénarios de films saugrenus. Quand viennent les premières heures du jour, le sommeil referme parfois doucement les bras sur son esprit, jusqu'à ce qu'il sente au plus profond de lui qu'elle est de retour. Dès lors, le premier de ses gestes est pour la prendre dans ses bras, pour savourer sa présence. Ainsi vont les nuits de l'amoureux de Caféine.

 

 

Par Much
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