2009, an de disgrâce et de vache maigre, il en sera bientôt fini de toi. Alors que se profilent à l'horizon tes derniers jours, portant dans leurs vingt-quatre heures des monceaux de nourriture,
des cadeaux à profusion et des boules Quies pour ceux qui supporteraient difficilement les cris extatiques de leurs contemporains, le taux de dépressions nerveuses s'affole tant du côté des
climatologues que du côté des politologues.
"La marée monte..." Tentent encore désespérément de prévenir les premiers.
"La barre est basse..." Constatent les seconds, affalés devant une bouteille de Dom Perignon pour laquelle ils avaient liquidé leurs économies, espérant pouvoir célèbrer le renouveau du monde
politique en cette fin de l'an neuf.
Il est vrai que le tableau final du spectacle annuel est loin d'être réjouissant, et qu'on serait en droit de ressentir quelques remous nauséeux avant même d'avoir indécemment abusé des
plaisirs gustatifs qui pèseront sur les tables et les appareils digestifs pas plus tard que très bientôt, même demain si je termine cette errance dactylographiée dans le délai que je me suis
fixé. Mais, car il y a toujours un "mai" dans les calendriers, en cette année qui s'achève, et adam, je confesse un léger sentiment de jalousie, une petite pointe d'envie qui me chatouille les
côtes quand je lorgne du côté de notre hexagonal voisin.
En effet, cette année encore la Belgique a fait preuve de son incapacité au jusqu'au-boutisme, alors que la France mettait un point d'honneur à finir ce qu'elle avait commencé. Il suffit, pour se
faire une idée, de voir que quand une figure du socialisme belge se contente de défier toutes les limites du ridicule en jouant à l'Empereur de pacotille dans les médias, un pseudo-socialo
français tombe le masque en dévoilant, derrière sa feinte ou défunte foi en la gauche, un coeur qui penche vers l'extrême droite. Pendant que les représentants politiques belges nagent
obstinément entre deux eaux, horripilants ou obséquieux, leurs collègues français ont tranché : Ils seront odieux. C'est clair, c'est net, en un mot : Dégueulasse. Et puis vas-y que je me
donne les moyens d'aller jusqu'au bout de mon horreur! Charters à l'appui, je te le dis : Les afghans ont peut-être déjà un pied dans la tombe, mais le deuxième doit dégager du sol français! Et
puis d'ailleurs, quiconque se réclame français se devra désormais d'entonner la Marseillaise en buvant son café, de saluer le drapeau et un, et deux, et trois-zéro! Aaah qu'elle est belle la
France, cher pays de la tolérance. Voilà un exemple de politique qui ne badine pas avec la crapulerie. Quitte à y aller, allons-y à fond. Et il est clair qu'à côté de ça, les pauvres magouilles
financières des politicards belges sont d'un affligeant amateurisme en matière de fourberie. Mais le gouvernement français, trop occupé à se renifler le derrière à la recherche de critères
identitaires, est passé à côté d'une évidence que le reste du monde a perçu : L'identité française, elle vient du blues, et non des bleus. Et puis elle vient de Belgique, un peu. L'identité
française, c'est la liberté, l'exil fiscal, et les Harley. En bref, et plus que le fromage et le pinard rassemblés, la France c'est Johnny Hallyday!
Prenez nous Jean-Philippe Smet, mais vous n'aurez jamais Jacques Brel! Ce grand Jacques qui avait résumé son plat pays en un mot : Vague. La mer du Nord pour dernier terrain vague, les vagues de
dunes, les vagues clochers, les vagues idées politiques et une vague identité faite d'un hymne qui, dans la bouche du Premier Sinistre, ressemble étrangement à la Marseillaise, et de footballeurs
qui s'appliquent à jouer comme des pieds pour être surs de ne pas marquer de la main. En un drapeau comme en trois, l'invincible unité de la Belgique (fabulée par un grand naïf du temps jadis) se
traduit par d'incessantes bagarres entre lions flamands et coqs wallons. Estimons-nous seulement heureux que la Mère Patrie du surréalisme n'exige pas de ses ouailles qu'ils s'identifient comme
tels, et rions un bon coup puisqu'on peut rire de tout. D'ailleurs, je vous quitte sur les mots d'une des seules personnes qu'il nous faut louer en ces temps obscurs, et pour laquelle j'accepte
de risquer le rhume du genou en me prosternant dans la neige pour réciter cinq "Notre Pierre * ". Je m'en vais dans l'ombre de Desproges qui ne nous disait rien de moins que ceci : Noël au
balcon, Pâques au tison. Noël en Espagne, Pâques aux rabanes. Et joyeuses fêtes!
* Notre Pierre, je fais le voeux
Que ton humour soit glorifié, que ta verve revienne
Car elle est plus utile sur Terre que dans le Ciel
Rappelle-nous aujourd'hui ton génie de toujours
Pardonne-nous nos errances si nous avons ri
Devant ceux qui t'auraient agaçé
Et ne nous soumets pas à la crétinisation
Mais délivre-nous du banal.
Amène (la bouteille de vin, qu'on trinque!)